Messe basse
Dans la médina de Safi, les arches s'enchaînent comme les pages d'un même récit, chacune ouvrant sur la suivante. Trois silhouettes s'y engagent, happées par la perspective, jusqu'à disparaître dans la lumière du fond. Marcher ici, c'est se laisser guider sans savoir où l'on va.
Sous les voûtes de la médina, Safi, Maroc.
Il y a des ruelles qui mènent quelque part, et d'autres qui ne mènent qu'à elles-mêmes. Celle-ci enchaîne ses arches comme on tourne les pages d'un livre : chacune promet la suivante, aucune n'annonce la fin.
L'homme avance seul, un peu devant. Derrière lui, deux femmes se sont rapprochées — une tête penchée vers l'autre, une confidence qu'on devine sans l'entendre. Messe basse sous les voûtes.
La médina est ainsi faite : elle amplifie les pas et avale les secrets. On ne saura rien de ce qui se dit là, entre deux arches, à l'abri de cette lumière qui attend tout au fond et que personne ne semble pressé d'atteindre.